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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 09:57

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Les  « Mutez-nous ! » : de quoi parle-t-on concrètement ?

Je suis le compagnon d’Elsa BASDEVANT, professeur des écoles qui campe devant le Rectorat de Bordeaux pour obtenir son intégration dans le département des Landes, une des « Mutez-nous ».

Je souhaite vous apporter quelques éléments permettant de mieux comprendre la situation de ces mères de familles et leur état d’esprit.

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un mouvement d’humeur : depuis un an, patiemment, elles n’ont cessé d’interpeller l’administration académique, mais aussi leur syndicat respectif sur le problème rencontré. Malheureusement sans aucun résultat.

C’est donc au bout de leur détresse, et après s’être connectées via Internet, qu’elles ont décidé d’une telle action pour pointer ce qu’elles vivent comme une injustice (et qui l’est réellement).

Elles ne demandent pas un passe-droit ou de « doubler » les autres collègues, elles réclament juste que soit corrigée une faille du barème des mutations, quitte à bousculer (à la marge toutefois) les « contraintes budgétaires » évoquées par les autorités académiques.

En effet, ces mères de familles, affectées dans des départements lointains, obligées d’interrompre leur métier, ne sont pas « compétitives » à la grande loterie des permutations informatisées.  

Prenons un exemple chiffré que je connais bien : Elsa, ma compagne, professeur des écoles depuis 2001, en poste dans le Val d’Oise, s’est mise en congé parental puis désormais en disponibilité, afin que toute la famille (3 jeunes enfants alors âgés de 1 à 8 ans) puisse déménager lorsque j’ai trouvé un nouvel emploi dans les Landes. Inscrite aux permutations informatisées, elle présentait en 2009 un barème de 235,5 points. En 2010, son barème est de 241,50 points : 33 (échelon) + 150 (rapprochement de conjoint) +  45 (3 enfants) + 8,5 (ancienneté de services) + 5 (renouvellement de premier vœu).

Parallèlement, un jeune collègue sorti en 2008 de l’IUFM de Bordeaux, qui souhaite (légitimement) rejoindre son proche département des Landes  et qui a pris soin de se pacser dispose dès 2010 d’un barème de 377 points : 22 (échelon) + 150 (rapprochement de conjoint) + 200  (deux années de séparation effective) + 5 (renouvellement de premier vœu).

Soit 135,5 points d’écart !

Et le pire c’est qu’elle ne peut guère espérer mieux pour les prochaines années, seulement 5 points supplémentaires par an qui ne donnent guère plus de chance pour autant. Ainsi, si l’on prenait le barème en considération, en 2009 ma compagne figurait au 18ème rang des demandes d’INEAT pour les Landes. En 2010 elle a rétrogradé à la 19ème place !

Tiens, allons plus loin… notre dernière fille, 3 ans bientôt, imaginons-la enseignante masteurisée en 2030 (faut bien rêver). Eh bien, à ce rythme-là et si rien ne change, en 2032 la fille aura encore 25 points de plus que la mère. Tout est dit de l’absurdité de la règle en vigueur !

La seule alternative, pour capitaliser des points de séparation effective, c’est le pari d’une vie séparée, à 800 km de Tarnos où nous résidons. Certain(e)s professeurs des écoles se résolvent  à ce choix : toutes évoquent des conséquences très traumatisantes pour leurs enfants et leur famille. Toutes évoquent aussi la difficulté à exercer pleinement leur métier, à être l’enseignante disponible à 100% qu’attendent les parents d’élèves. En d’autres termes, c’est aussi la qualité du service public qui s’en ressent.

Lorsque le nouveau système de mutations a été inauguré, les syndicats s’étaient vivement élevés tant sur le fond que sur la méthode. Critiques ô combien justifiées au vu du résultat : le taux national de satisfaction des demandes de rapprochement de conjoint n’a guère évolué (stable autour de 65%) alors qu’il s’agissait du principal objectif de la réforme. Mais surtout, l’expérience montre que ce système s’avère bien discriminant vis-à-vis de certains personnels comme j’ai tenté de vous l’expliquer, exemple chiffré à l’appui.

Ce qui pose d’autant plus problème, c’est qu’auparavant les commissions paritaires permettaient de réguler les choses, d’adoucir le verdict des permutations en évaluant les situations familiales et sociales. Force est de constater qu’elles ne jouent plus ce rôle, du moins en Aquitaine, du fait des logiques budgétaires et comptables qui prévalent aujourd’hui.

Alors que faire ? Rester à la maison ronger son frein avec un terrible sentiment d’inutilité ? Regarder avec hantise les années blanches défiler et la retraite s’éloigner ? Accepter le diktat des politiques de restrictions budgétaires alors que l’école a tant besoin d’enseignants ?

Dans la grisaille d’une France qui trop souvent banalise l’injustice, permettez-moi de trouver profondément sain et salvateur que certaines aient pris la lutte.

Il ne s’agit pas de jouer les uns contre les autres. Tous et toutes doivent pouvoir muter, se déplacer, vivre au plus près de la vie souhaitée, et le plus vite possible.

Mais que des personnes particulièrement discriminées finissent par dénoncer publiquement ce barème des mutations, voilà qui va peut-être permettre d’en corriger les dysfonctionnements et donc chaque année d’améliorer la vie de centaines de professeurs des écoles.

Les « Mutez-moi ! » ne demandent ni aumône, ni passe-droit. Elles demandent que soit mis fin à une faille qui les pénalise lourdement. Que soit revu le système des mutations, qu’il intègre la notion de distance, qu’il prenne mieux en compte la famille notamment en augmentant le nombre de points par enfant. Et enfin, qu’un conjoint contraint d’interrompre son activité continue de capitaliser des points de séparation effective afin de ne pas subir la double peine.

Enfin, elles demandent que cette injustice soit réparée non pas pour 2011, mais immédiatement : qu’elles puissent retrouver dès cette rentrée le métier qu’elles aiment passionnément.

Après deux années d’attente, d’angoisse et de gâchis, après ces deux années longues et difficiles, pardonnez-moi de formuler l’espoir fou que leur situation puisse être réglée rapidement, simplement, définivement.

En toute humanité.

                                                                                                                             Yann BOUVIER

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commentaires

Alex Delpino 17/11/2010 01:30


Les témoignages percutants c'est très bien mais encore faut il qu'il soient vraisemblables ou tout au moins crédibles.

Vous manquez de subtilité dans votre témoignage Valérie. C'est parfaitement impossible qu'une personne avec moins de points que vous et sans priorité passe devant vous.


Quand aux postes spécialisés, vous avez bien raison d'avoir opté pour un tel poste, ils sont très confortables. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement en a supprimé beaucoup. Ca
fini par se savoir que des gens se la coulent douce sur le dos de gamins en difficulté.


valérie 20/11/2010 18:00

Bonjour, mon témoignage est fondé sur des arguments que vous pouvez vérifier. Il y a sur mon blog, le tableau avec les barèmes minimum des entrants dans les départements que je demande et qui valide mes affirmations. Vous pouvez vérifier, et si vous pensez qu'ils sont erronés, vérifier auprès de l'administration ... Je vous en serais grée d'ailleurs avant de m'attaquer de la sorte. Donc, OUI, le système permet à une personne avec moins de points que moi, sans priorité, de me passer devant dès lors qu'elle ne vient pas du même département et même si ce département n'est pas moins déficitaire que le mien... Vous pouvez vérifier mes dires auprès de l'administration et des syndicats car c'est bien ce que nous dénonçons. Ce qui me rassure, c'est qu'un tel fonctionnement vous paraisse si aberrant que vous en mettiez en doute mon honnêteté. Je vous remercie donc de me conforter dans mes idées et de m'encourager dans mon action. Pour ce qui est des postes spécialisés, 4 dans les Landes sont "non pourvus", je ne pense pas que ce soit le signe qu'ils soient des endroits où "on se la coule douce". Vous m'informiez demander votre mutation en Charente, je doute que ce soit en tant que prof des écoles, ou bien alors vous n'avez jamais travaillé avec des enfants en grande difficulté ou handicapés. Si vous souhaitez en savoir plus et comprendre notre action n'hésitez surtout pas à me joindre au 06 14 63 57 41, je suis tout à fait disponible, vous connaissez mon nom, ma situation, et pour être honnête je préférerais vous répondre directement plutôt qu'à un pseudo avec un adresse mail invalide. Cordialement.

Alex Delpino 12/11/2010 22:24


Vous occultez l'élément principal: le nombre de permutations possibles est limité.

Donc si votre compagne obtient sa permutation c'est au détriment de quelqu'un d'autre.

Donc vous êtes en train de dire que certaines personnes obtiennent leur permutations et passent devant d'autres personnes alors que leur situation est moins justifiée.

C'est faux.

Vous êtes en train de faire un amalgame entre la difficulté de sortir de certains départements et l'urgence des situations personnelles de chacun.

Si votre compagne n'obtient pas sa permutation c'est parce que son département est très déficitaire.

Pour camouffler cela , vous comparez sa situation à celles de personnes qui ont obtenu leur permutations ... dans des départements NON DEFICITAIRES.


Votre raisonnement est malhonnête, votre attitude est égoïste et violente. Le rectorat n'y est pour rien. Contrairement à ce que vous dites, ce que vous demandez c'est un passe-droit.

Moi aussi je demande ma mutation pour les Charentes maritimes , je ne l'obtiens pas. Jamais je n'aurais l'outrecuidance d'aller harceler vulgairement et égoïstement l'administration en campant
devant le rectorat.


valérie 13/11/2010 08:24

Je suis attachée au département du Rhone et celui ci est loin d'être déficitaire, il est même très demandé. Un des départements demandés est le 40, et cette année 4 postes n'ont pas été attribués, poste dans le spécialisé où j'ai de l'expérience et l'envie de travailler.
L'an passé, alors que je demandais ma mutation pour la 8ème année et la 2ème en rapprochement de conjoint, 40 personnes me sont passée devant avec moins de points que moi, et certaines sans aucune priorité alors que la LOI m'en accorde une. Cette année, pour la 9ème année, je participe au mouvement sans savoir dans combien de temps tout cela s'arrêtera et en devant, cette année encore, laisser mes 2 jeunes enfants (3 et 5 ans) sans pouvoir les voir pendant des semaines entières . Situation qui leur a fait développer des tocs l'an passé... Alors, je vous demande bien qui harcèle qui? Est-ce que camper quelques jours devant un rectorat est démesuré par rapport à tout cela? Nous avons fait monter la proposition de nous permettre, de pouvoir travailler ailleurs tout en cumulant des points pour pouvoir quand même garder espoir de récupérer notre métier ... Les syndicats ont porté cette revendication, rien n'a changé... Nous n
e demandons pas de passe droit, nous avons d'ailleurs l'honnêteté de faire ça au grand jour pour que ceux qui le souhaitent puissent y prendre place. Certains département ont pris des dizaines d'enseignants en surnombre, d'autres pourraient très bien en faire autant pour les quelques cas extrêmes que nous sommes.
Nous ne harcelons pas, nous ne demandons pas de passe droit, nous dénonçons un dysfonctionnement et le faisons de façon pacifique et modérée. Nous nous organisons, nous passons par toutes les possibilités officielles, nous sommes soutenus par tous les syndicats. Il ne s'agit pas de malhonnêteté mais de savoir se battre quand une situation est injuste. Tout n'est pas toujours bien fait, des améliorations peuvent être apportées pour le bien de tous et aussi pour une école publique respectueuse de ses élèves et de ses enseignants.

mumlette 08/09/2010 21:19


Comme je compatis !
Cela fait maintenant 3 ans que j'attends une mutation pour mon nouveau département l'Hérault à plus de 800 km de mon ancien département la Moselle ... 2 enfants de moins de 6,5 ans ;-) , un mari
qui avait trouvé un nouvel emploi - loin de chez nous et que j'ai décidé de suivre avec enfants sous le bras pour le bien de tous

Maintenant sans salaire depuis plus de 2 ans et après un éternel refus d'intégration, je me suis résignée à trouver un autre emploi ... sans doute l'année prochaine quelqu'un me passera encore
devant et je ne serai plus 7° sur la liste mais 8° ... dans le meilleur des cas ;-)

Je ne souhaite pas longue vie aux "Mutez-nous" ...
Je suis de tout coeur avec vous


Isabelle 05/09/2010 15:47


150 points pour rapprochement de conjoint mais 45 points seulement pour 3 enfants ??? Cela voudrait-il dire que les enfants comptent 10 fois moins que le conjoint ??
Curieux pour une administration sensée gérer l'éducation de nos enfants.....
N'aurait-elle pas encore compris que chaque enfant a besoin de son père et de sa mère ?
Au moins dans le privé, quand on démissionne pour suivre un conjoint muté ou qui change de région, on a droit au chomage !
Continuez vos actions, elles sont légitimes. Bon courage


LE FLECHER 05/09/2010 15:30


Enseignant du secondaire en EPS, j'étais dans un établissement avec un dispositif particulier (PEPIV) me donnant 600 points au bout de 5ans. J'ai demandé une mut au bout de ces 5ans que je n'ai pas
obtenu pour 20pts. L'année suivante, l'état a changé les règles et ma bonification s'est trouvée réduite à 300pts. donc j'avais moins de points l'année suivante et je n'ai pas eu ma mut. Je suis
allé voir un avocat, mais sur ces questions l'état est inattaquable.
Nous sommes des numéros pour l'état...


Qui Sommes Nous ?

  • : Enseignants en galère de mutation...
  • Enseignants en galère de mutation...
  • : Des professeurs des écoles en attente de mutation qui dénoncent le système injuste de mutation. NOUS REJOINDRE OU NOUS CONTACTER : collectifmuteznous@gmail.com
  • Contact

L'injustice du système

  Le système de mutation des enseignants du premier degré (qui a évolué en 2007/2008) présente des dysfonctionnements :

* Ce système ne respecte pas l’article 60 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 modifiée relative aux statuts de la fonction publique d’état qui donne la priorité :

* Aux fonctionnaires séparés de leurs conjoints

* Aux situations relevant du handicap

* Aux fonctionnaires exerçant dans les quartiers urbains sensibles

 

* Ce système crée des inégalités de traitement selon les départements. En effet certains départements déficitaires-prison refusent de laisser sortir des professeurs en attente de mutation (avec d’énormes barèmes) alors que les départements excédentaires mutent aisément leurs enseignants. Ainsi des collègues de départements excédentaires peuvent obtenir un département avec moins de points au barème qu’un collègue demandant sa mutation en provenance d’un département déficitaire : l'argument du barème national qui est le premier qu'on nous oppose n'est donc pas respecté.

 

* Ce système ne nous permet pas de nous projeter dans l’avenir car le calibrage des postes fluctue chaque année. Nos choix ne peuvent se faire en toute connaissance de cause. Comme si nos vies se jouaient sur un coup de dés. Il n’y a aucune échéance.

 

* La suppression massive de postes dans l’Éducation Nationale, dont nous sommes les victimes collatérales, accentue les dysfonctionnements du système de mutation.

 

* Le recrutement local réduit nos chances de mutation : des stagiaires sont affectés sur des postes dans les départements où nous vivons alors que nous attendons depuis des années et que nos mutations nous sont refusées.

 

Les situations causées par la non-obtention de la mutation, sont insupportables. En effet pour la plupart d'entre nous, cela fait plusieurs années que nous demandons une mutation pour rapprochement de conjoint sans avoir de transparence sur

la possibilité d'une mutation dans les années à venir. Notre vie privée est ainsi mise en attente avec impossibilité de se projeter dans l'avenir.

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