Des professeurs des écoles en attente de mutation qui dénoncent le système injuste de mutation. NOUS REJOINDRE OU NOUS CONTACTER : collectifmuteznous@gmail.com
Collectif « les Mutez-nous »
http://mutezmoi.over-blog.org
A l’attention de Madame Najat VALLAUD-BELKACEM
collectifmuteznous@gmail.com
Ministre des droits des femmes
Madame la Ministre,
Vous venez d'entrer au gouvernement en
tant que Ministre aux Droits des Femmes, et c’est à ce titre que nous avons l'honneur de vous solliciter. Nous sommes professeurs des écoles et subissons des situations insupportables. En effet,
le collectif « Mutez Nous » auquel nous appartenons a été fondé par des collègues en attente de mutation depuis de nombreuses années, jusqu’à 10 ans pour certaines.
Nos conjoints ont été mutés et nous ne pouvons les rejoindre dans les départements où ils travaillent désormais. Cette année encore, nous avons reçu une réponse négative lors du mouvement annuel des permutations informatisées. 88% des refus concernent des femmes.
Bientôt, les Directeurs Académiques délivreront des autorisations d’entrée et de sortie des départements, lors de la phase du mouvement manuel, celui des exeat / ineat. Nous sommes, une nouvelle fois, dans l’espoir qu’une issue soit trouvée durant ce dernier mois de l’année scolaire pour que nous puissions rejoindre nos conjoints pour la rentrée 2012.
Le système de mutation des enseignants du premier degré (réformé en 2007/2008) présente des dysfonctionnements car il ne respecte pas l’article 60 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 modifiée, relative aux statuts de la fonction publique d’état, qui donne la priorité :
o Aux fonctionnaires séparés de leurs conjoints
o Aux situations relevant du handicap
o Aux fonctionnaires exerçant dans les quartiers urbains sensibles
Nous vous écrivons pour vous interpeller sur les situations insupportables causées par la non-obtention de la mutation. Cela dure, pour la plupart d'entre nous, depuis plusieurs années. Nous ne supportons
plus de vivre ainsi car face à ces échecs répétés de nos demandes,nous avons été
contraintes de faire un choix:
- Demander une disponibilité ou un congé parental, car il nous est IMPOSSIBLE de travailler à plusieurs centaines de kilomètres de nos conjoints et enfants. Dans cette
situation nous sommes relégués dans le « No Man’s Land » de l’Education Nationale car nous n'accumulons pas de points supplémentaires et notre espoir de
pouvoir à nouveau exercer notre métier s'éloigne.
- Continuer ou reprendre notre activité pour « gagner des points ». Dans ce cas
nous devons parcourir des centaines de kilomètres chaque jour, chaque semaine, ou chaque mois. Nos charges s’alourdissent d’un deuxième loyer et de frais de transport
supplémentaires. Nous vivons souvent seules, loin de notre conjoint et/ou de nos enfants, pour réduire ces dépenses au minimum possible.
Dans ces deux cas, nos situations sont devenues humainement insupportables :
● Sur un plan financier :
- Aucun revenu pour les collègues en disponibilité. Il nous est difficile de retrouver un emploi. De nombreux départements nous interdisent les suppléances dans le privé. Nous devons, dès la deuxième année de disponibilité devenir ayant droit de la sécurité sociale de notre conjoint. Cela ne fait qu’aggraver notre dépendance financière. Lorsque nous parvenons à contracter un CDD dans les rares établissements autorisés à nous embaucher, notre rémunération est celle d’un vacataire, soit le SMIC, quelle que soit notre ancienneté, ce qui peut représenter la moitié de notre salaire initial, pour un emploi équivalent. Cela concourt à la précarisation de notre statut d’enseignant.
- Énormément de frais pour celles qui continuent à travailler. Cela engendre un double loyer, des frais d’essence exorbitants et donc un salaire très réduit, notamment pour celles qui optent pour le mi-temps car elles ne peuvent se résoudre à quitter leur famille pendant plusieurs semaines.
● Sur un plan psychologique : Nous sommes amputés, lorsque nous ne travaillons plus, d’une partie de notre vie sociale. Nous n’existons plus professionnellement et sommes totalement dépendantes de nos conjoints.
Lorsque nous travaillons, si loin de nos proches, nous ne pouvons le faire sereinement et correctement. Nos conditions de vie ne nous le permettent plus. Nous éprouvons un mal être au travail. Ne plus pouvoir concilier vie familiale et vie professionnelle est vécu douloureusement.
● Sur le plan de la santé : Les risques de dépression, de stress et d’accident sont évidemment très élevés. Les troubles musculo-squelettiques qui sont recensés chez les enseignants sont augmentés par la longueur des trajets.
● Sur un plan professionnel :
- Nous éprouvons un sentiment de frustration énorme car nous ne pouvons plus exercer notre métier. Certaines d’entre nous sont contraintes d’accepter des missions d’employées de maison, de faire des ménages. C’est une véritable régression de notre statut social. Quand nous exerçons encore notre profession, dans les conditions décrites ci-dessus, nous doutons de notre engagement, tellement les contraintes l’emportent sur les satisfactions.
- Cela peut avoir des répercussions sur le travail du conjoint
- Nous paierons doublement ces sacrifices car cela ne sera pas sans répercussion au moment du calcul des retraites. Nos pensions seront diminuées, nos départs différés.
Aujourd’hui, face à cette détresse, les "mutez-nous" ont pris de l'ampleur et se battent pour dénoncer le système de mutation. Nous ne sommes plus en mesure d’attendre encore des années, comme nous le demande l’administration. Cette lettre n'est pas la première dans ce sens. Notre collectif et les syndicats ont déjà été reçus plusieurs fois ces dernières années, sur ce sujet, que ce soit dans les Inspections Académiques de nos départements, dans les Rectorats d'Académie et au Ministère, par Madame Josette Théophile et Serge Fuster. Nous rencontrons également régulièrement les députés de nos circonscriptions. Mais nos situations de femmes contraintes de renoncer à une vie professionnelle et familiale épanouie n’ont toujours pas évolué !
Nous attendons la prise
en compte de nos situations dramatiques pour certaines d’entre nous, et l’évolution du système actuel de mutations par la mise en place rapide d’un groupe de travail pour :
- Expliquer en toute transparence les raisons du piètre résultat des permutations en 2012 (25,12% des participants ont obtenu satisfaction alors qu’ils étaient 37,08% en 2010).
- Faire des propositions pour le mouvement complémentaire d’exeat-ineat de juin afin d’améliorer le bilan des mutations 2012.
- Faire évoluer les règles du système de mutation afin de les rendre plus justes, plus équitables et plus transparentes et respecter, dès le mouvement de mutation 2013, l’article 60 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 modifiée.
Dans le programme de Monsieur François Hollande, nouveau Président de la République, une volonté a été formulée : celle de créer, dès la rentrée 2012, 1000 postes de professeurs des écoles. Nous venons d’apprendre que ces postes seront pourvus par un recrutement sur les listes complémentaires. Ces personnes n’ont pas bénéficié d’une formation et sont inexpérimentées alors que nous sommes opérationnelles immédiatement. Nous ne pouvons le comprendre et l’accepter, alors, nous espérons vivement que ce sera l'occasion pour nous d'avoir enfin notre mutation dans les départements où résident nos familles. Nous ne comprendrions pas qu’on fasse appel aux listes complémentaires dans nos départements alors que nos dossiers sont en souffrance depuis des années.
En 2010, dans son rapport annuel fait au ministre, la médiatrice de l’Education Nationale, Mme Monique Sassier, fait état des dysfonctionnements dans le système de mutation et préconise la nécessaire priorité du rapprochement de conjoint en faisant des recommandations sur ce sujet. A ce jour, le ministère n’a pas tenu compte de ce rapport concernant les mutations dans le premier degré.
Nous souhaitons pouvoir continuer à exercer notre métier dans les meilleures conditions possibles.
Nos projets professionnels et personnels sont au point mort et nous n'avons aucune perspective sur l'évolution de nos situations. Un nouveau gouvernement nous redonne un espoir de voir évoluer
nos situations. NOUS COMPTONS SUR VOUS et, nous restons à votre disposition pour un entretien éventuel
ou tout complément d’information.
Nous vous prions, de croire, Madame la Ministre, à notre profond dévouement pour le service public d'Éducation et vous prions de croire en l’assurance de notre haute considération.
Collectif des « Mutez-Nous »