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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 19:31
10.04.2012 
 

Mutations : la grogne des enseignants

Les résul­tats des demandes de muta­tions ensei­gnantes sont tom­bés il y a quelques jours. Les reca­lés, au pre­mier rang des­quels les profs du 1er degré, font part de leurs dif­fi­cul­tés et cri­tiquent un sys­tème « ver­rouillé ». De son côté, le minis­tère de l'Education natio­nale estime que le dis­po­si­tif s'est amé­lioré mais qu'il se heurte à une inadé­qua­tion entre l'offre et la demande.

« L'idée de démis­sion­ner me trotte dans la tête », « je ne sais plus quoi faire », « je vou­drais juste avoir une vie à côté de mon tra­vail »... Nombreux sont les témoi­gnages d'enseignants, ceux des écoles en tête, déses­pé­rés de voir leurs demandes de muta­tions inter­dé­par­te­men­tales res­ter lettres mortes, sou­vent plu­sieurs années. Et le pro­blème s'accentue : selon le minis­tère de l'Education natio­nale, pour le pre­mier degré, sur 16 956 demandes de muta­tion dépo­sées, 4259 ont été satis­faites, soit un taux de satis­fac­tion de 25%, contre 29% en 2011. « Cette varia­tion est liée, en grande par­tie, à la réforme des retraites », explique Josette Théophile, direc­trice géné­rale des res­sources humaines du minis­tère. « D'une part, les ensei­gnantes mères de trois enfants n'ont plus la pos­si­bi­lité de par­tir en retraite (après 15 ans d'ancienneté). D'autre part, on constate un allon­ge­ment de la vie pro­fes­sion­nelle avec des départs en retraite dif­fé­rés, donc moins de postes ». Le syn­di­cat SNuipp-FSU dénonce un taux de satis­fac­tion « his­to­ri­que­ment faible », avec trois ensei­gnants sur quatre « pri­vés de muta­tion » en 2012. Ces der­niers sont invi­tés à signer une péti­tion pour inter­pel­ler Luc Chatel.

Pour le second degré, des freins existent selon les dis­ci­plines mais dans une moindre mesure : sur 18 028 demandes de mobi­lité géo­gra­phiques (1), 7463 ont été satis­faites cette année, soit 41,4% de réponses posi­tives. « Un taux stable », com­mente le ministère.

Une qua­trième demande refusée

Karine est pro­fes­seure des écoles à Chartres (Eure-et-Loir) et mère de deux enfants. Elle fait par­tie des ensei­gnants à l'origine de la créa­tion, en sep­tembre 2010, du col­lec­tif des « Mutez Nous », com­po­sés d'enseignants en quête d'une muta­tion. Sa situa­tion illustre les dif­fi­cul­tés : domi­ci­liée à Tours (Indre-et-Loire), elle effec­tue 3 h de tra­jet aller/retour par jour pour pou­voir ensei­gner. « Heureusement, je suis à mi-temps. Certains col­lègues tra­vaillent à 900 km de chez eux ! » Mais le moral n'y est pas : sa demande de muta­tion en Indre-et-Loire pour rap­pro­che­ment de conjoint vient de lui être refu­sée pour la 4e fois : « je ne com­prends pas, je ne suis jamais absente ni malade. Je tra­vaille et j'habite dans la même aca­dé­mie (celle du Centre) et mal­gré tout je ne peux pas bou­ger. » Problème : elle exerce dans un dépar­te­ment dont il est dif­fi­cile de par­tir, car tra­di­tion­nel­le­ment défi­ci­taire en ensei­gnants. La consé­quence ? « On perd un peu la foi dans notre métier et on culpa­bi­lise quand on appa­raît épuisé devant ses élèves. J'exerce en ZEP avec des enfants qui ont pour­tant besoin de beau­coup d'attention ! », indique Karine.

Malgré leur frus­tra­tion, il arrive aussi que des ensei­gnants « rac­crochent » pour pré­ser­ver leur vie fami­liale. D'autres essaient de bifur­quer vers le privé. « Les sup­pres­sions de postes per­turbent les muta­tions, assu­rer le contraire est risible », résume Karine, « le barème actuel est biaisé, il y a des passe-droits. Les ins­pec­teurs d'académie deviennent très fri­leux à nous lais­ser par­tir, de peur de se retrou­ver en sous-effectifs et de se faire taper sur les doigts par les rec­teurs. » Les com­bines devien­draient la règle pour obte­nir le maxi­mum de « points », les dos­siers médi­caux se mul­ti­plient... « Le sys­tème aca­dé­mique crée des abus. En Touraine, où j'habite, des ensei­gnants arrivent de la région pari­sienne, avec moins de points que moi ! » Karine résume : « Cela abou­tit à une ges­tion inhu­maine où nous ne sommes que des pions ».

Rapprochement de conjoint : 46% des demandes satisfaites

Josette Théophile, spé­cia­liste du sujet au minis­tère, nuance : « nous met­tons en place chaque année un dis­po­si­tif unique qui per­met aux ensei­gnants d'exprimer leurs sou­haits de mobi­lité, sachant que dans le 1er degré les ensei­gnants ont passé un concours aca­dé­mique ! » Elle sou­ligne que le dis­po­si­tif s'est enri­chi d'une pla­te­forme télé­pho­nique. La cel­lule « info mobi­lité » est acces­sible, par télé­phone, une semaine avant la sai­sie des vœux. Josette Théophile pré­cise néan­moins qu'« il y exis­tera tou­jours un cou­pe­ret. Notre inté­rêt est de satis­faire un maxi­mum de gens pour qu'ils soient dans les meilleures condi­tions psy­cho­lo­giques. Ceci dit, les ensei­gnants émettent des sou­haits et nous y répon­dons en fonc­tion des besoins et des prio­ri­tés légales. » Ainsi dans le pre­mier degré, 46% des demandes pour rap­pro­che­ment de conjoint ont été satis­faites, 89% des demandes liées à un handicap.

Selon Josette Théophile, l'impact du non rem­pla­ce­ment d'un fonc­tion­naire sur deux par­tant à la retraite reste « mar­gi­nal ». En revanche, le choix de l'académie deman­dée est déci­sif, avec des écarts de 1 à 10 en termes de volumes de demandes. Parmi les aca­dé­mies les plus pri­sées : Bordeaux, Rennes, Grenoble, Aix-en-Provence, Nantes ou encore Lyon. A l'inverse de celles de Dijon, Reims, Versailles, Créteil ou encore de la Guadeloupe. « Je conseille aux ensei­gnants de bien réflé­chir aux dépar­te­ments limi­trophes, afin de viser un endroit plus facile d'accès », ajoute Josette Théophile. Résultat, au bout de quatre ans d'ancienneté : la moi­tié des demandes sont satisfaites.

Charles Centofanti

 

L'article sur le site :

 

http://www.vousnousils.fr/2012/04/10/mutations-la-grogne-des-enseignants-525166

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Published by mutez nous
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commentaires

sophieb 11/04/2012 20:36

Je relis l'article... Les mères de trois enfants qui ne prennent pas leur retraite...Trop drôle! Elles aussi seraient responsables du manque de postes... C'est vrai qu'au bout de 20 ans, leur
retraite (environ 1000 euros) était énorme et qu'il devait y en avoir beaucoup à partir avant!!! Les dernières à en avoir "profité" sont parties l'an passé: c'est vrai, on l'avait remarqué, l'an
passé cela a libéré beaucoup de postes!!!

Sandrine 11/04/2012 12:42

Non, le système ne fonctionne pas au mieux, comme le dit madame Josette Théophile ! Des situations inadmissibles perdurent ces dernières années et il s'agit de vies de famille ravagées, les
professeurs des écoles touchés sont des personnes qui réclament dignement que leur droit soit appliqué. Le dispositif est complexe et totalement injuste, si on prend la peine d'en comprendre les
dysfonctionnements.

Karine 11/04/2012 10:45

Quand aux départements "excédentaire" où la maîtresse de ma fille n'est pas remplacé, faute de remplaçant... Je ris ... jaune. Car moi je suis chez moi à mi-temps et ma fille n'a pas d'instit !

Karine 11/04/2012 10:18

Et je suis bien d'accord Sophie, la cellule mobilité, ils ne connaissent rien, ce sont sans doute des contractuels embauchés pour l'occasion ! Moi aussi je leur ai appris plein de trucs !

Karine 11/04/2012 10:17

Mme Théophile,
Loin d'être idiote, je pense, j'ai aussi demandé les dépar­te­ments limi­trophes qui me sont inac­ces­sibles égale­ment. J'ajoute que je demande un dépar­te­ment de l'académie où je tra­vaille et
où j'ai eu ce concours (aca­dé­mique comme vous dîtes). Je ne peux pas pré­tendre ni à me rap­pro­cher, ni à obte­nir le dépar­te­ment où ma famille vit. Des per­son­nels ayant moins de points que
moi venant notam­ment de la région pari­sienne, où les concours sont plus faciles (taux de réus­site 50%) ont eu mon dépar­te­ment avec moins de points que moi. je ne suis donc pas une tri­cheuse
qui a passé les concours ailleurs, comme vous sem­blez l'insinuer, j'ai choisis le Centre, il y a plusieurs années, car j'y habitais, et j'avais beaucoup bougé avant (non, nous ne sommes pas
frileux à la mobilité, bien au contraire !). Quand aux sup­pres­sions de postes, elles ne sont pas la cause des sou­cis de muta­tions, elles les aggravent dan­ge­reu­se­ment. La cause en est un
sys­tème pour­ris qui ne fonc­tionne pas. Citons les passes-droits des hauts fonc­tion­naires qui font muter leur femme au mépris des barèmes... Alors, avons nous tort de nous insur­ger ? Non, je
ne pense pas.

Qui Sommes Nous ?

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L'injustice du système

  Le système de mutation des enseignants du premier degré (qui a évolué en 2007/2008) présente des dysfonctionnements :

* Ce système ne respecte pas l’article 60 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 modifiée relative aux statuts de la fonction publique d’état qui donne la priorité :

* Aux fonctionnaires séparés de leurs conjoints

* Aux situations relevant du handicap

* Aux fonctionnaires exerçant dans les quartiers urbains sensibles

 

* Ce système crée des inégalités de traitement selon les départements. En effet certains départements déficitaires-prison refusent de laisser sortir des professeurs en attente de mutation (avec d’énormes barèmes) alors que les départements excédentaires mutent aisément leurs enseignants. Ainsi des collègues de départements excédentaires peuvent obtenir un département avec moins de points au barème qu’un collègue demandant sa mutation en provenance d’un département déficitaire : l'argument du barème national qui est le premier qu'on nous oppose n'est donc pas respecté.

 

* Ce système ne nous permet pas de nous projeter dans l’avenir car le calibrage des postes fluctue chaque année. Nos choix ne peuvent se faire en toute connaissance de cause. Comme si nos vies se jouaient sur un coup de dés. Il n’y a aucune échéance.

 

* La suppression massive de postes dans l’Éducation Nationale, dont nous sommes les victimes collatérales, accentue les dysfonctionnements du système de mutation.

 

* Le recrutement local réduit nos chances de mutation : des stagiaires sont affectés sur des postes dans les départements où nous vivons alors que nous attendons depuis des années et que nos mutations nous sont refusées.

 

Les situations causées par la non-obtention de la mutation, sont insupportables. En effet pour la plupart d'entre nous, cela fait plusieurs années que nous demandons une mutation pour rapprochement de conjoint sans avoir de transparence sur

la possibilité d'une mutation dans les années à venir. Notre vie privée est ainsi mise en attente avec impossibilité de se projeter dans l'avenir.

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